J’ai passé une partie de mon enfance en Nouvelle Calédonie puis mon adolescence dans la ville nouvelle de Cergy alors en construction. J’y fréquentais le centre commercial dit « Des trois fontaines » et les zones industrielles où se trouvaient les boites de nuit (j’adore danser.) J’y ai sans doute développé mon goût pour les paysages ordinaires.

De Saint Charles (faculté d’Arts plastiques dépendant de Paris 1), en plus du cursus traditionnel qui m’a permis d’accéder à l’histoire de l’art, je garde le souvenir de la rencontre avec le réalisateur Joseph Morder qui nous apprenait à composer des films en super 8, son matériau de prédilection.

Après avoir fait de l’assistanat à la réalisation sur des longs métrages, des téléfilms et des émissions de télévision, j’ai commencé à travailler sur des documentaires. D’abord en tant qu’assistante puis comme directrice de production. Le producteur avec qui je travaillais, Jacques Kirsner, m’a alors confié la réalisation de deux films : L’Histoire de la diplomatie française pour France 5 et un Thema pour Arte intitulé Surendettement, les Européens à découvert.

A cette époque, des réalisateurs comme Guy Girard, Eric Pittard, Xavier Villetard, m’ont communiqué leur goût des récits en musique et le plaisir de travailler la lumière. Leurs manières singulières d’aborder l’Histoire ou de réaliser des portraits de musiciens, d’écrivains, m’ont permis de découvrir le documentaire de création. J’ai poursuivi cet enseignement en résidence d’écriture à l’école documentaire de Lussas où j’ai développé mon film Revoir Cergy. C’est avec ce film sur la ville où j’ai grandi qu’a commencé mon travail sur le paysage urbain ou péri-urbain. J’aime filmer l’architecture, la manière dont un lieu est traversé par les personnes qui y vivent, les traces de ce qui s’y est passé. Au fur et à mesure, la question de la maison – en tout cas de l’endroit où l’on habite – est devenue centrale dans mon travail.

La danse tient également une place importante dans mes films. La relation d’amitié qui me lie à la chorégraphe Micheline Lelièvre y est centrale. Je la filme depuis des années lors de ses performances. En 2004, elle a chorégraphié les mouvements de la comédienne Clélia Colonna pour mon court-métrage Les poissons n’apprennent pas à nager. Dix ans plus tard, nous avons réalisé ensemble un portrait des danseurs Etoile Wilfride Piollet et Jean Guizerix, Chemins croisés de danse.

Notre collaboration a influencé mon appréhension de l’espace et de la manière dont les danseurs comme les non-danseurs le traversent. Je pense qu’elle n’est pas étrangère au fait que je poursuive aujourd’hui mes recherches autour de la perception que les habitants ont des lieux qu’ils parcourent quotidiennement avec l’Observatoire Photographique des Paysages du Vexin.

Depuis trois ans, après plusieurs formations à L’Ecole des Gobelins, ces images en mouvement se doublent d’un travail photographique. Pour mettre à l’épreuve ce nouveau média, je participe à des marches avec les collectifs du Voyage métropolitain et du Sentier Métropolitain du Grand Paris.

Pontoise – 11 mars 2017